
Séance de psychothérapie de groupe avec les jeunes du centre – elles ont lieu quasiment tous les jeudi. Moments très tristes, très forts, très émouvants. Le thème est toujours le même: "Je ne suis pas seul, ma communauté m'écoute", phrase que le groupe répète ensemble, à haute voix, en début et fin de séance. Les jeunes sont invités à répondre à deux questions: "Qui m'a fait du mal?" et "Contre qui suis-je en colère, et pourquoi?" Sur les 15 ou 20 jeunes présents seuls trois ou quatre parleront à chaque séance. Assis en cercle, autour d'un cierge, solennellement, avec en fond une musique douce pour inciter à la parole. La "communauté" est prête à écouter le jeune qui a tant besoin de se libérer par la parole, les larmes, les pleurs...
Le premier jeune qui commence à parler est l'un des "caïds" du centre; mais là, fini les caïds, les apparences, les "forts vs faibles"; là chacun redevient le jeune souffrant qui est arrivé ici pour demander de l'aide. Il dit que beaucoup de gens lui ont fait du mal, mais à qui en veut-il? A son oncle, source des violences familiales, que tous craignaient et qui frappait si souvent, si fort et a gâché son enfance et celle de ses frères (tous à la fondation). Il a les yeux qui brillent, et le visage d'un petit garçon... lui qui est si souvent violent avec ses camarades. Après de courtes paroles de l’animateur, les jeunes qui le souhaitent lui adressent des mots de réconfort, qui sont souvent très émouvants.
Se lance alors le grand fan de foot, un jeune calme et très sympathique. Son histoire : lui aussi a beaucoup souffert (maltraitance, coups, humiliations…) chez ses oncles chez qui il a vécu après la mort de ses parents quand il était encore tout petit ; mais c’est contre son grand frère qu’il éprouve tant de colère ! Sa voix tremble. Ce frère aîné qui l’a abandonné depuis toujours et dont il n’a même plus de nouvelles depuis 4 ans…les larmes coulent sur son visage - et sur le mien aussi. Ce frère a qui – malgré tout - il aurait encore envie de dire « je t’aime » et de serrer dans ses bras. Il a du mal à parler, entre les larmes. Il dit qu’il veux réaliser son rêve, prouver à ceux qui l’ont tellement maltraité et enfoncé qu’il peux y arriver, s’en sortir, qu’il vaux mieux que ce qu’ils lui ont toujours dit…Les mouchoirs tournent et, les yeux rougis, ses camarades lui disent que eux sont ses "frères" maintenant; et l’encourage dans ses projets et ses rêves...C'est presque surréaliste cette capacité qu’ils ont entre eux de se consoler dans ces moments là, quand on connait la violence qu’ils peuvent par ailleurs exprimer entre eux.
Le 3ème; il est en pleure presque depuis le début. Arrivé ici il y a quelques jours, c’est sa première séance. Sa voix tremble: « Je ne sais pas ce que j’ai fait à ma maman pour qu’elle me rejette…moi je l’aime...je lui ai dit avant qu’elle meure il y a quelques années…ma famille m’a reproché sa mort…c’est ta faute, disaient-ils…je ne comprend toujours pas pourquoi ils disaient cela ». Il pleure à gros sanglots maintenant, c’est bouleversant. Son camarade à sa gauche le prend par les épaules, alors il continue : « Ils m’ont jeté de chez moi, après la mort de ma mère, comme un malpropre…j’ai vécu dans la rue depuis…rejeté des miens, sans avoir le choix de la rue ou pas » et, soudain sors un mi-sanglot mi-cri profond que je n’oublierais pas avant longtemps : « Je suis seul, je suis tout seul !». Il n'a ni père, ni mère, ni oncle ou tante, il est sans famille ni personne. « J’ai seulement deux amis - mes « frères de la rue » - avec qui j’ai vécu pendant ces dernières années de galère, ce sont les seules personnes dans ma vie.. je me sens si seul…». Il semble inconsolable. La communauté - très émue – lui dit, par des mots simples, qu’elle est là, que maintenant il n’est plus tout seul et des gens sont là pour l’aider, pour qu’il s’en sorte, enfin…Après un moment il se calme mais il dit qu'il a du mal à se sentir mieux, même après avoir parlé.
Le dernier aujourd'hui est un des plus "anciens"; contrairement à la grande majorité ici, il vient d'un milieu plutôt aisé, mais suite à la mort de sa mère, il a été maltraité depuis tout petit par sa belle-mère et sa belle famille, alors que son père était souvent parti en voyages professionnels. Entre autres, il dit et ça me touche: "Ici beaucoup on du mal à comprendre pourquoi je suis parti de chez moi, mais moi je sais que l'argent ne fait rien contre les coups et le manque d'amour". Et aussi, une autre chose courante pour ces jeunes: "J'ai beaucoup de mal à pleurer, la vie m'a rendu dur... j'ai mal, au fond de moi, mais mes yeux restent secs".
Le premier jeune qui commence à parler est l'un des "caïds" du centre; mais là, fini les caïds, les apparences, les "forts vs faibles"; là chacun redevient le jeune souffrant qui est arrivé ici pour demander de l'aide. Il dit que beaucoup de gens lui ont fait du mal, mais à qui en veut-il? A son oncle, source des violences familiales, que tous craignaient et qui frappait si souvent, si fort et a gâché son enfance et celle de ses frères (tous à la fondation). Il a les yeux qui brillent, et le visage d'un petit garçon... lui qui est si souvent violent avec ses camarades. Après de courtes paroles de l’animateur, les jeunes qui le souhaitent lui adressent des mots de réconfort, qui sont souvent très émouvants.
Se lance alors le grand fan de foot, un jeune calme et très sympathique. Son histoire : lui aussi a beaucoup souffert (maltraitance, coups, humiliations…) chez ses oncles chez qui il a vécu après la mort de ses parents quand il était encore tout petit ; mais c’est contre son grand frère qu’il éprouve tant de colère ! Sa voix tremble. Ce frère aîné qui l’a abandonné depuis toujours et dont il n’a même plus de nouvelles depuis 4 ans…les larmes coulent sur son visage - et sur le mien aussi. Ce frère a qui – malgré tout - il aurait encore envie de dire « je t’aime » et de serrer dans ses bras. Il a du mal à parler, entre les larmes. Il dit qu’il veux réaliser son rêve, prouver à ceux qui l’ont tellement maltraité et enfoncé qu’il peux y arriver, s’en sortir, qu’il vaux mieux que ce qu’ils lui ont toujours dit…Les mouchoirs tournent et, les yeux rougis, ses camarades lui disent que eux sont ses "frères" maintenant; et l’encourage dans ses projets et ses rêves...C'est presque surréaliste cette capacité qu’ils ont entre eux de se consoler dans ces moments là, quand on connait la violence qu’ils peuvent par ailleurs exprimer entre eux.
Le 3ème; il est en pleure presque depuis le début. Arrivé ici il y a quelques jours, c’est sa première séance. Sa voix tremble: « Je ne sais pas ce que j’ai fait à ma maman pour qu’elle me rejette…moi je l’aime...je lui ai dit avant qu’elle meure il y a quelques années…ma famille m’a reproché sa mort…c’est ta faute, disaient-ils…je ne comprend toujours pas pourquoi ils disaient cela ». Il pleure à gros sanglots maintenant, c’est bouleversant. Son camarade à sa gauche le prend par les épaules, alors il continue : « Ils m’ont jeté de chez moi, après la mort de ma mère, comme un malpropre…j’ai vécu dans la rue depuis…rejeté des miens, sans avoir le choix de la rue ou pas » et, soudain sors un mi-sanglot mi-cri profond que je n’oublierais pas avant longtemps : « Je suis seul, je suis tout seul !». Il n'a ni père, ni mère, ni oncle ou tante, il est sans famille ni personne. « J’ai seulement deux amis - mes « frères de la rue » - avec qui j’ai vécu pendant ces dernières années de galère, ce sont les seules personnes dans ma vie.. je me sens si seul…». Il semble inconsolable. La communauté - très émue – lui dit, par des mots simples, qu’elle est là, que maintenant il n’est plus tout seul et des gens sont là pour l’aider, pour qu’il s’en sorte, enfin…Après un moment il se calme mais il dit qu'il a du mal à se sentir mieux, même après avoir parlé.
Le dernier aujourd'hui est un des plus "anciens"; contrairement à la grande majorité ici, il vient d'un milieu plutôt aisé, mais suite à la mort de sa mère, il a été maltraité depuis tout petit par sa belle-mère et sa belle famille, alors que son père était souvent parti en voyages professionnels. Entre autres, il dit et ça me touche: "Ici beaucoup on du mal à comprendre pourquoi je suis parti de chez moi, mais moi je sais que l'argent ne fait rien contre les coups et le manque d'amour". Et aussi, une autre chose courante pour ces jeunes: "J'ai beaucoup de mal à pleurer, la vie m'a rendu dur... j'ai mal, au fond de moi, mais mes yeux restent secs".
Le groupe se prend par la main pour fermer la scéance; puis on fait une chaine de "hugs" en partant de droite vers la gauche; pour symboler que, malgré tous les problèmes, nous ne sommes pas seuls mais au sein d'une communauté qui s'efforce d'être à l'écoute de chacun.
Cet article est un peu long, contrairement à ce que je m'étais promise de faire sur ce blog. Mais il y a des cas comme celui-ci où c'est dur de faire court et synthétique pour rendre compte d'une réalité complexe.
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