Photo: Eglise pleine le lundi 02 février 2009, Mexico DF
Le 02 Février dernier les mexicains ont fêté "el dia de la candelaria". La tradition encore la plus suivie par tous les mexicains (même les moins croyants) est que l'on mange des tamales ce jour-là: au travail, chez soi, avec les amis... une sorte de seconde galette des rois! Mais en se promenant dans la ville on voit vite que pour beaucoup de mexicains c'est bien plus que cela: première impression, les églises sont bondées. Il y a des messes partout et toute la journée, et petits et grands s'y pressent. Et dans les bras des fidèles, une autre chose vous interpelle: ils portent des petits enfants...qui se révèlent être des statues du petit Jésus! Ces "bébés" sont habillés, décorés, enrobés dans des couvertures (comme le sont les bébés ici) ou dans de petits berceaux en paille. En se dirigeant au marché populaire de la Merced on découvre qu'en effet chacun vient acheter, réparer ou décorer son petit Jésus; les magasins regorgent de gens et de petits statuettes. Le visage de l'enfant est presque féminin avec ses grands cils, ses bonnes joues roses.. Il porte parfois uniquement un pagne, mais il est le plus souvent vêtu de milles tenues les plus farfelues. Une artiste mexicaine s'est d'ailleurs intéressée au sujet et a présenté une collection de "ninos": l'on apprend que l'aspect de la statue varie selon les régions, mais aussi selon les époques. On trouve ainsi dans les plus "modernes", les ninos medicos pour demander la guérison, les ninos futbolistas (footballeurs) pour la victoire, les ninos profesores pour l'obtention d'un dipôme.
Au delà de l'intérêt certain d'une artite pour une fête populaire de son pays, je trouve que c'est intéressant aussi de voir comment une (petite) partie des mexicains se trouvent être observateurs - et non plus acteurs - de ces traditions, qui font partie de la culture populaire mais qui semblent s'évaporer dès que le mexicain atteind un certain niveau de la classe moyenne. J'ai observé ce phénomène dans beaucoup d'autres célébrations populaires (par exemple à la Toussaint lorsque les familles vont déjeuner sur les tombeaux de leurs défunts); et il est amusant et intérressant de voir que tous les Mexicains considèrent ces événements comme entièrement partie de leur culture, alors même lorsqu'ils n'y prennent plus part. Je me suis demandée - et si demain tous les mexicains arrêtaient de croire et de célébrer? Peut-être alors le Mexique perdrait un peu de son charme, de son exotisme et ressemblerait plus à nos pays - où la liberté, la place de l'individu et la démocratie ont effacé peu à peu croyances, mysticisme et traditions; serait-ce donc un passage inévitable dans l'évolution de nos sociétés modernes?