mercredi 10 juin 2009

"Bajo Juarez", La cuidad devorando a sus hijas



"Bajo Juarez". Documentaire mexicain de 125min, de Alejandra Sanchez et José Antonio Cordero.

Poignant, désespérant, révoltant. Juarez, ville frontière du nord du Mexique, voisine des Etats-Unis de quelques kilomètres. La ville voit ses femmes et jeunes filles disparaître; les corps battus, violés, torturés sont retrouvés morts. Un, puis deux, puis trois...les organisations en denombrent des centaines (environ 450?) dans la région depuis 2003/04. Les autorités continuent de nier l'existence d'un réseau plus ample, mettant en avant des crimes individuels dont la source viendrait uniquement de violences domestiques. On aimerait les croire. Pourtant journalistes, experts sur le terrain, et familles des victimes nous montrent au cours de ce documentaire bien le contraire. La vérité est encore bien loin des versions officielles actuelles; et se trouverait plutôt derrière des réseaux de pouvoir et de traffic, si bien couverts par l'impunité de la justice mexicaine.

Révoltant donc pour ces femmes et leurs familles. Mais alarmant aussi les témoignages de prisonniers, accusés d'être les meurtriers, qui ont été torturés pour "avouer" des crimes dont ils clament leur innocence (sans être entendus). Il en va ainsi du cousin de la petite Lucia: mettait-il trop de volonté a vouloir trouver les auteurs du crime? La police, incapable de trouver d'autres pistes, est venue le chercher et l'accuser sans preuves du meutre de la jeune femme; aujourd'hui il est en prison, rendant doublement douloureuse l'épreuve pour cette famille simple du nord du pays, en espérant qu'un jour justice soit faite.
Un documentaire poignant et structuré, qui montre clairement l'impunité qui existe aujourd'hui encore si cruellement au Mexique, et les victimes directes de cette impunité.
Plus d'infos sur le site du film: http://www.bajojuarez.com/

"Frida et Diego", de J.M.G. Le Clézio



"Diego et Frida" de J.M.G. Le Clézio vous plonge dans la vie de Diego Rivera, et donc inévitablement aussi dans celle de Frida Khalo, la grande femme de sa vie.

En visitant leur maison de Coyoacan pour la nième fois, je ne pouvais plus résister à l'envie d'en savoir plus sur leurs vies. Savoir et tenter de comprendre. Comprendre ce qui fait de ces deux personnages de si grands symboles pour le Mexique.

Le Clézio sait nous plonger dans les réalité du México d'alors, d'un Mexique changeant, et dans les profondeurs et sentiments (souvent agités) de ces deux grands personnages. De leur rencontre, peu commune, comme le sera le reste de leurs vies. Révolutionnaires, artistes, toujours engagés; tour à tour applaudis ou blamés, heureux ou souffrants, populaires chez eux ou immigrés ailleurs. De México à New York, en passant par Paris, San Francisco ou Detroit, Frida et Diego vivent en première ligne les révolutions artisitques et politques de leur pays et de leur temps; des révolutions intimes aussi. Chacun à sa façon - Frida dans l'intimité, Diego en plein jour -marquera son temps et ce pays qu'ils chérissent tant, le Mexique. Il les marqueront de leur foie en la Revolution, de leur art, de leur charisme, de leur force. De ses souffrances aussi pour Frida, de son ambition pour Diego. De leur amour enfin.

Je ne vous en dirais pas plus. Juste un conseil: lisez-le!

lundi 1 juin 2009

L'induscutable plaisir d'être dans son hamac....


Le bus: même pas peur!



Quand on est un habitant de Mexico, on a des milliers d'occasions de monter dans un "micro", ces petite camionette peintes en vert et blanc, qui circulent par milliers dans la capitale. La camionette s'arrête pour vous prendre quand vous levez le bras, et on s'entasse jusqu'à ce que le dernier millimètre soit occupé. Aux heures de pointe, debout, on se serre contre son voisin en espérant qu'il n'a pas eu trop chaud dans la journée; ceux assis ne sont pas forcément les plus chanceux, puisqu'ils ont presque les sacs des autres sur les genoux...Mais on s'accomode comme on peut, et pour la modique somme de 3 pesos* on fait de 400 mètres à 5 ou 6 kms, parfois un peu plus. Mais si on veut aller beaucoup plus loin, il faudra changer et en prendre un autre.

On monte donc, et et ce jour là, sur la vitre, tout passager peut lire en gros caractère: "SI NO REGRESO A CASA ESTA NOCHE, NO TE PREOCUPES, ES QUE ESTOY CON JESUS" ("si je ne rentre pas ce soir à la maison, ne t'inquiètes pas, c'est que je suis avec Jésus). Et le fameux Jésus est là aussi, placardé con la vitre, avec sa tête d'ange, et il vous sourit. On sait plus trop si on doit rire ou pleurer, alors on rit en se disant: "Pas cher le billet pour le paradis!"

* soit 0,15 euros et même pour ici on ne peut pas acheter grand chose avec ça!

Un bidonville... c'est Paris ou Mexico?

Entre des constructions type HLM, on aperçoit des petis cabanons alignés les uns à coté des autres. Toits en tôle, murs en bois, en carton, ferraille et tout ce que l'on a trouvé pour construire ces logis de misère. Ici pas d'asfalte, la voie est poussiéreuse, en terre, comme l'est aussi certainement le sol des cabanes. Des hommes, assis sur des cageots, forment un cercle au milieu de la ruelle, à l'ombre d'un arbre à proximité des cabanons, et jouent aux cartes. Il y n'y a pas de femmes en vue, ou peu, mais par contre beaucoup d'enfants. Des jeunes garçons jouent au football sur ce qui ressemble plus à un terrain vague qu'à un terrain de jeux.

On est passé en moins d'une minute, et voilà à peu près ce que l'on voit depuis la vitre du train. Je reste médusée, et c'est un mélange d'étonnement, de tristesse et de colère qu'a déclenché en moi par ce que je viens de voir. On pourrait être dans une banlieue pauvre (pour ne pas dire un bidonville) de Mexico, à Tepito ou ailleurs. Mais non, nous sommes en banlieue parisienne, et le train dans lequel je suis montée ce matin là est bien l'Eurostar qui relie Paris à Londres. Il faut croire que, même si elle est plus cachée, la misère est là quand même.